(Maqâmât, Manâzil, Hadarât)

 
                                                                                     LES STATIONS DE L'ISLAM
                                                                                      (Maqâmât, Manâzil, Hadarât)


                                                                               Une traduction de deux lettres de
                                                                                      CHEIKH AL ISLAM
                                                                                           IBRÂHÎM NIASS
                                                                                          (1900 - 1975)
 
 

Table des matières
 
INTRODUCTION   
1    LES TROIS STATIONS DE LA RELIGION  
1.1    Degrés de l'Islam.   
1.1.1    Le repentir (äl-tawba).   
1.1.2    La droiture (äl-ïstiqâma)   
1.1.3    La crainte révérencielle (äl-taqwa).   
1.2    Degrés de la foi (äl-ïïmân)   
1.2.1    La véridicité (äl-çidqu)   
1.2.2    La sincérité (äl-ïkhlâç)   
1.2.3    L'apaisement ou la tranquillité (äl-tumânîna).   
1.3    L'EMBELISSEMENT   
1.3.1    L'observation (äl-murâqaba)   
1.3.2    La contemplation (äl-muchahada)   
1.3.3    La Connaissance de Dieu - la gnose (äl-ma'a°rifa)   
2    LA REALITE DES NEUF DEGRES DE LA RELIGION   
2.1.1    Le repentir (äl-tawba)   
2.1.2    La droiture (äl-ïstiqâma).   
2.1.3    La crainte révérencielle (äl-taqwa).   
2.1.4    La véridicité (äl-çidqu).   
2.1.5    La sincérité (äl-ïkhlâç)   
2.1.6    L'apaisement ou la tranquillité (äl-tumânîna).  
2.1.7    L'observation (äl-murâqaba).    2.1.8    La contemplation (äl-muchahada).   
2.1.9    La Connaissance de Dieu - la gnose (äl-maca°rifa)   
3    LES TROIS ADORATIONS   


 
 
INTRODUCTION


Nous avons le plaisir de vous présenter une tentative de traduction de deux lettres de Cheikh Ibrahîm Niass sur la classification des stations de la religion.
Il faut d'abord dire que ces lettres ont été toutes deux envoyées au disciple du Cheikh cUmar ibn Malick et publiées dans l'ouvrage « Ziyâdatu äl-Jawâhir » largement disponible auprès des disciples (page 44 et page 50). Elles ont été écrites en 1930 H. Cheikh Ibrâhîm avait 30 ans. Ceci dénote déjà de la précocité gnostique de l'auteur.
Cheikh cUmar ibn Malick fasait partie des disciples les plus avancés, une lecture de l'ouvrage cité le montre amplement. Cela explique le sens condensé des lettres. Souvent l'auteur se contente d'indiquer, le récepteur devant pouvoir comprendre par rapport à ce qu'il a déjà acquis.
D'une manière générale, l'ouvrage sera très utile aux disciples déjà initiés par l'acquisition d'un vocabulaire expressif de ce qu'ils savent, acquis par expérience.
Il sera aussi utile aux non initiés par, je l'espère, l'acquisition d'un désir plus grand d'un éveil mystique pour accéder à certaines stations décrites ici.
Car, il ne s'agit pas ici d'une simple gymnastique intellectuelle sur les concepts çûfis. Pour mieux expliquer cela, nous dirons quelques mots sur l'auteur, mots que nous restreindrons dans le champ de cet ouvrage ; car l'auteur est multidimensionnel : parler sur lui nous ferait dévier de l'objet de cette présentation.
Cheikh Ibrahîm Niass, le maître de l'Initiation (äl-tarbiyya)
Ce qui a le plus caractérisé le Cheikh dans sa vie, est l'initiation mystique qu'il donnait à tout musulman qui le désirait, dans ses fiefs tels que Médina Baye (Sénégal), Kano (Nigéria), Kumasi (Ghana), etc. Sa communauté est d'ailleurs connue comme celle de la tarbiyya (initiation). Malgré ses multiples facettes (littéraire, enseignant à temps plein, commentateur de coran, panégyriste du Prophète (PSL), membre d'organisations internationales islamiques, défenseur de toutes causes islamiques, cultivateur, etc.), il accordait la plus grande importance à cette tarbiyya, qu'il considérait à juste titre, comme tous les çufi, comme le joyau de la religion et des sciences.
Le çufisme, dans l'assemblée de ses disciples, n'est donc pas une théorie. Il s'agit d'une pratique comportant deux parties :
a.    Le cheminement (äl-suluuk).
Le disciple doit s'attacher à un maître attitré et déclarer sa volonté d'accéder à la maca°rifa (gnose). Le maître lui donnera les dhikr et le guidera.
b.    La marche (äl-sayru).
Une fois que le disciple a atteint ses premières ouvertures, ou l'Ouverture, äl-fath, obligation lui est faite de perdurer dans la marche (du cœur) par le vécu dans la contemplation. A ce niveau, la conversation avec des initiés, la lecture du Coran, la lecture d'ouvrages çufis écrits par des gnostiques, sont pour lui des sources de connaissances mystiques certaines, parce qu'il les assimile parfaitement. Souvent ces propos sont de simples indications qu'il captera au vu de son capital expérience. Un poète çufi a dit:
Qu'il te suffise [des] indications sur cette Beauté [Jamâl]
Et laisse la, protégée par le voile de la Majesté.
Fasatakfyka min dhâlika äl-jamali ichâratuñ
Wa daca°hu masûnäñ bi äl-jalâli muhajjabäñ
Il s'agit là du vécu du disciple dans la subsistance dans l'Absolu (Baqà) après l'anéantissement (äl-fanà) que constitue l'Ouverture.
Cheikh Ibrahim a dit, dans son ouvrage, äl-dawâwîn äl-sitti [Recueil de poèmes panégyriques à l'égard Prophète (PSL)] : (page 113, versets 4-8 de la page)
J'ai protégé mes disciples dans la Voie contre les peines
Et tous, par l'anéantissement, ont accédé à leur désir
Et les pôles, avant moi, n'ont reçu de semblable à
ce qu'a reçu ce serviteur de fayd, brillant de lumière
Je remercie Dieu en ce que mon secret (sirr) ne soit pas stérile
Mon plus petit disciple a obtenu l'anéantissement.
Et ceci par mon amour du Prophète et de son secret
J'ai gagné le drapeau par mes éloges en sa faveur
L'Amour du Prophète est l'élixir de ce serviteur
Mon trésor consiste à lui adresser des louanges

Il dit ailleurs (page 108, verset numéro 12 de la page)

Mes lignes à l'égard des créatures sont une félicité
Quiconque me voit -et mes écritures - ne peut être damné
aïnna khutûtî lil-aänâmi sacadatuñ
fa lam yaqcha yawmañ man raaânî wa khattiyya
Cheikh Ibrahîm nous informe dans ses lignes qu'il est possesseur de la science gnostique et qu'il en est l'Initiateur. Le plus important, c'est qu'il assure que son secret ne mourra pas car il n'est pas stérile (laysa sirrî câqirañ). Jusqu'à la fin des temps, ses initiés seront des initiateurs et le secret divin, le seul capable de provoquer l'anéantissement (äl-jazb ou äl-fanà), sera transmis, par la voie de ses héritiers spirituels, en tout lieu géographique.
Cheikh Ibrâhîm est décédé en 1975. Mais depuis, la tarbiyya est toujours vivante et se répand à tous les continents conformément à la prédiction du maître : « Cette profusion se répandra à tous les horizons par la puissance de Dieu et par son décret.» (Jawâhir äl-rasâyïl, page 13, édition Omar Ousmane Niass)
Les lettres du Cheikh sont adressées en général aux disciples déjà initiés avec des orientations sur cette Beauté [Jamâl]. Cependant tout musulman peut évoluer à quelque niveau qu'il se situe. La lecture d'un tel ouvrage peut, à mon sens, motiver la volonté d'évoluer et la porte est grandement ouverte.
Finissons cette introduction par quelques remarques
Dans le corps du texte, le contenus des crochets [ ] et les notes de bas de page sont des commentaires des traducteurs. Enfin, nous avons, autant que possible, tenté de donner des notes explicatives pour devancer les éventuelles difficultés du lecteur non habitué à ce genre de textes. Une référence constante à Eva de Vitray-Meyerovitch a été faite en ce qui concerne les traductions des termes techniques çufis.
 
   LES TROIS STATIONS DE LA RELIGION


Au disciple cUmar ibn Malick qui lui a posé une question sur les trois étapes (maqâmât) de la religion ïslam, de ses stations et de la réalité de ses degrés, le Cheikh répondit en ces termes :
Les trois étapes de la religion que sont la soumission ( Ïslam ), la croyance ( Ïïmân) et l' embellissement ( Ïhsân) sont résumées dans la déclaration d'unicité de Dieu : Il n'y a point de divinité en dehors d'Allah, dont la version arabe est : lâ ïlâha ïllâ ällah.
L'Ïslâm est l'énoncé de la déclaration d'unicité de Dieu.
L'Ïmân est la connaissance de la déclaration d'unicité de Dieu.
L' Ïhsân est la réalisation et l'achèvement des implications de la déclaration d'unicité de Dieu. Ce dernier consiste aussi à dire le mot : « Allah », par l'énonciation et par le vécu mystique.
On peut affirmer, en outre, que la parole noble - lâ ïlâha ïllâ ällah - est aussi la parole du repentir, de la crainte révérencielle, de la sincérité, de l'unicité et de la pureté. Elle possède trois niveaux :
1.    L'Islam qui consiste en la réalisation des exigences de la parole noble dans monde du nâsût.
2.    L'Imân qui est la connaissance de la parole.
3.    L'embellissement qui est résumé dans le seul mot : Allah.
En résumé, les trois étapes sont contenues dans la parole pure mais elles sont distinctes.
Chacune de ces étapes possède à son tour trois degrés. Chaque degré, à son tour, est vécu à trois niveaux :
•    Le niveau général (câm au singulier et cawwâm au pluriel) qui est le niveau du musulman ordinaire.
•    Le niveau avancé ou particulier (khâç au singulier et khawwâç au pluriel)
•    Le niveau très avancé ou niveau des particuliers parmi les particuliers (khâçatu äl-khâç)
1.1    Degrés de l'Islam.
L'Islam a trois degrés : le repentir, la droiture et la crainte révérencielle.
1.1.1    Le repentir (äl-tawba).
Il se réalise par la reconnaissance des faveurs de Dieu envers soi et le remerciement conséquent. Le meilleur remerciement pour ces faveurs consiste à les utiliser d'une façon qui plaise à Dieu, le Bienfaiteur. Selon les savants çûfî, il s'agit d'abandonner les mauvais caractères au profit des bons.
Je dis que le mauvais caractère chez le câm est l'abandon des obligations divines et la pratique des choses illicites. Chez le khâç, il s'agit de l'abandon des pratiques recommandées et la pratique des choses réprouvées. Chez le khâçatu äl-khâç, il s'agit du moindre éloignement de l'Enceinte scellée de Dieu ( äl-hadaratu äl-qudsiyya). Ce dernier repentir est le vrai repentir car dans sa réalité, il s'agit de tuer l'âme charnelle selon le verset coranique (2:54) « Revenez donc à votre Créateur; puis, tuez donc les coupables vous-mêmes… »
A cette étape, on ne doit pas voir l'âme charnelle. Non plus, on ne peut posséder ni acte ni état mystique ni station. Le repentir devient le repentir du repentir (äl-tawbatu cani äl-tawba) . En effet Dieu a dit : « Oui, Dieu aime ceux qui bien se repentent… » (2:222), c'est-à-dire, ceux qui se repentent du repentir.

1.1.2    La droiture (äl-ïstiqâma)
Elle consiste à emprunter la voie droite (äl-çirâtu äl-mustaqîm) selon les dix normes que Dieu a définies dans la sourate 6 du coran :"Les bestiaux" (äl-äncâm) Il dit en effet (6:151-152-153): « Dis : Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu'en toute justice la vie qu'Allah a fait sacrée. Voilà ce qu'[Allah] vous a recommandé de faire; peut-être comprendrez-vous. Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s'il s'agit d'un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Allah. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous.  “Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie.” Voilà ce qu'Il vous enjoint. Ainsi atteindrez-vous la piété. »
Par voie droite, on comprend donc le respect de ces dix préceptes. Ceci constitue la ïstiqâma des câwwâm.
Pour le khâç, la ïstiqama est le Prophète Muhammad (PSL) en personne. Elle consiste donc dans l'extinction (äl-fanà) dans l'amour du Prophète (PSL), l'héritage de ses belles qualités, extérieures et intérieures, son rappel, l'expression de çalât sur lui et d'invocations en sa faveur dans chaque souffle de vie.
Pour le khâçatu äl-khâç, il s'agit de se départir du moindre caractère ou de la moindre habitude réprouvable. Dieu a dit en effet : « Ceux qui disent : “Notre Seigneur est Allah”, et qui se tiennent dans le droit chemin.» (41 :30)

1.1.3    La crainte révérencielle (äl-taqwa).
Elle consiste à exécuter les ordres divins : les devoirs et les interdits, extérieurement et intérieurement, dans les assemblées ou dans la solitude. Elle est plus générale que la ïstiqâma. Car, en fait, les devoirs englobent l'obligatoire (äl-farîda) et le recommandé (äl-maca°rûf) tandis que l'interdit englobe l'interdiction absolue (äl-harâm) et le réprouvé (äl-makrûh) . La ïstiqâma concerne l'obligatoire et l'interdit absolu cependant que la taqwâ considère toutes les catégories citées précédemment. Ceci est la taqwa des cawwâm selon le verset coranique « Craignez Allah, donc, autant que vous pouvez… » (64:16).
Chez le khâç, il s'agit se rappeler de Dieu à tout moment, de le remercier à tout instant et de lui obéir en toute circonstance selon l'ordre de Dieu
« Craignez Allah comme Il doit être craint. » (3:102).
Chez le khâçatu äl-khâç, la taqwâ est l'absence de tout autre que Dieu dans la pensée, ne serait ce qu'un laps de temps. Le gnostique (äl-cârif bi ällah) :
Et si la moindre sollicitude envers un autre me vient
à l'esprit, par inadvertance, alors je dois être éconduit.
Seul le pôle singulier rassembleur (äl-qutbu äl-fardu äl-jâmicu) peut réaliser cet état mystique de manière constante, en état de veille ou de sommeil. Le cârif bi ällah peut vivre cette station mais de manière non régulière. Dieu décrit cette taqwa en disant : « Dieu aime vraiment les pieux » (9:4) ; ici les pieux (muttaqîn) étant ceux qui atteignent la taqwâ.
 
1.2    Degrés de la foi (äl-ïïmân)
 L'ïïmân a trois degrés : la véridicité, la sincérité et l'apaisement.
1.2.1    La véridicité (äl-çidqu)
La véridicité est la pratique de la bienfaisance (äl-birru), la recherche du visage de Dieu (de l'agrément de Dieu) selon le verset:
La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Allah, au Jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu'amour qu'on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l'aide et pour délier les jougs, d'accomplir la Salat et d'acquitter la Zakat. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu'ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! (2:177).
Il s'agit là de la véridicité des cawwâm. Celle des khâwwâç se réalise dans l'amour de l'Essence Supérieure dont l'accès [pour ne pas dire le branchement] à elle est l'ultime désir, plus fort chez lui que tout autre désir. De sorte aussi que Son nom, Sa parole, Son agrément sont plus agréables chez lui que tout nom, toute parole et tout agrément. En effet, Dieu dit : « … et soyez avec les véridiques … » (9:119)
La pensée ne peut aimer ce que Dieu n'aime pas et il ne peut souhaiter l'existence de ce dont Dieu ne veut point l'existence, même par la pensée (äl-khâtir). « Voilà la grâce de Dieu, qu'il apporte à qui il veut… Dieu, cependant est le Détenteur de l'énorme grâce. » (62:4)
Pour les khâçatu äl-khâç, la reconnaissance et l'authentification de tout ce que l'Enceinte de la Prophétie (hadaratu äl-nubuwwa) reçoit de l'Enceinte Divine (äl-ülûhiyya) de science, d'état mystique, de secret (sirr), de convenances, de droit, de devoirs, etc. Celui qui atteint ce niveau a déjà réalisé la forme supérieure de la véridicité.
1.2.2    La sincérité (äl-ïkhlâç)
Il s'agit d'appliquer l'ensemble des recommandations pour le noble visage de Dieu et de s'éloigner de l'ensemble des choses interdites. En conséquence, toute forme d'ostentation , tout désir d'étonner son prochain, de se faire voir ou entendre est répréhensible pour ce niveau de sincérité, qui est celle des cawwâm.
Chez le khâç, il s'agit d'appliquer les recommandations et d'éviter les choses interdites, sans le souci de la moindre récompense, de la moindre punition, du moindre souci d'atteindre une position parmi les positions de la sainteté; mais dans l'amour, par la cabûdiyya. Celle-ci est par, définition, l'adoration de Dieu, en dehors de toute raison, si ce n'est que Dieu est Dieu et qu'il a droit à être adoré! Et que toi (l'aspirant à cet état), tu es esclave et par voie de conséquence, tu dois servir. Tu ne dois par conséquence t'attendre à rien de sa part. Bien plus, ce travail que tu fais pour lui est une faveur qui t'est faite de Sa part.
Pour les khâçatu äl-khâç, il s'agit d'exclure, dans le rapport d'adoration avec Dieu, tout autre que Dieu, jusqu'à s'exclure soi-même. De sorte, l'adoration vienne de Dieu, soit pour Dieu, et se fasse par Dieu. L'esclave n'a ni entrée ni sortie dans cette adoration.

1.2.3    L'apaisement ou la tranquillité (äl-tumânîna).
Il s'agit là de l'apaisement du cœur par Dieu, en se suffisant de Lui, par la conviction en Dieu. De sorte que le cœur ne se retourne point vers quoi que ce soit d'utile ou de nuisible, mais plutôt, se soumet totalement à Dieu en disant:
"O Dieu, Tu es mon soutien…", [Ällahumma, calayka mucawwalî]. Ceci est l'apaisement du khâç., les cawwâm n'ayant aucun accès à cet état.
Chez le khâçatu äl-khâç, l'apaisement est réalisé dans leur certitude que rien en dehors de Dieu n'existe. Il ne se réside que dans Dieu et ne retourne que vers Dieu. Il lui est adressé la parole en ces termes : « O âme tranquillisée, retourne vers ton Seigneur, agréante, agréée; entre donc parmi Mes Esclaves et entre dans Mon paradis ! » (89: 27-30).

1.3    L'EMBELISSEMENT
1.3.1    L'observation (äl-murâqaba)
Elle réalise avec la permanence de la ferme conviction de compagnie permanente de Dieu et de Sa connaissance de la moindre portion de l'esclave, de sorte que ce sentiment ne le quitte point. Ceci est possible lorsque le possesseur de cet état mystique lit la réalité intrinsèque des choses au delà des voiles. Et qu'il comprend les choses au double plan de la logique et du goût. On pourrait croire que les paroles de cet homme sont celles d'un homme accompli, arrivé dans l'enceinte scellée de Dieu (äl-hadaratu äl-qudsiyya). Il n'en est rien. Car cet homme lit la réalité encore à travers des voiles, certes très fins, mais quand même à travers des voiles. Il reçoit les sciences par la compréhension (fahm) et le goût, (zawq), c'est-à-dire l'expérience.
Cette murâqaba avant l'étape de la contemplation (äl-muchâhada), est celle du khâç. Celle du khâçatu äl-khâç a lieu après la muchahada. Elle est le produit de la maca°rifa, la connaissance de Dieu ou la gnose.

1.3.2    La contemplation (äl-muchahada)
Il s'agit de la vision de la Vérité (äl-haqq) par la Vérité, de vraie vision, sans aucun doute, sans hésitation et sans fausse impression. De sorte qu'il ne reste que le haqq par le haqq dans le haqq. Tant qu'il reste un iota de l'existence (äl-wujuud) de l'esclave, c'est-à-dire, tant qu'il n'est pas totalement éteint dans la vérité, alors il n'a pas encore atteint la muchahada. Il doit se nier soi-même, nier les autres, nier même la notion de l'autre, de sorte qu'il ne reste que Lui, et son soi profond (lisânu äl-hâl):
Jusqu'à ce qu'il ne reste que Dieu, rien d'autre,
Même pas ni contecté ni d'évidence
[falam yabqa ïlla Ällahu, lâ chay-ä ghayrahu
famâ thamma mawçûluñ wa lâ thamma bâyïnuñ]
Pas de nom, pas d'attribut, pas de représentation, pas de frontière, pas de comment, pas de limitation, pas d'unification, pas de direction, pas de face-à-face, pas de commencement, pas de fin, pas de jonction, pas de séparation, pas d'invocations (dhikr), pas d'invocateur (dhâkir), pas d'invoqué (madhkûr). C'est l'état décrit par le verset : « La Vérité (l'Islam) est venue et l'Erreur a disparu. Car l'Erreur est destinée à disparaître. » (17:81).
Cette étape est la première étape de l'Ouverture (äl- fath). Tout ce qui est antérieur n'est pas fath. C'est la porte de la maca°rifa mais ne constitue pas la maca°rifa car tout gnostique (possédant la maca°rifa) est maftûh calayhi (possédant l'Ouverture) mais le contraire n'est pas vrai.
La gnose est la dernière étape de la religion et tandis que le repentir en la première.

1.3.3    La Connaissance de Dieu - la gnose (äl-ma'a°rifa)
Il s'agit là de l'enracinement et l'installation dans la station de la contemplation (hadaratu äl-muchahada), dans l'extinction (äl-fanà) totale mais dans la subsistance dans l'Absolu (äl-baqà), dans Dieu.
Chez les çufi, le gnostique est celui qui voit Dieu dans toute chose et qui contemple la Vérité dans toute chose.
Le gnostique, chez moi, est celui qui s'est éteint dans l'Essence Divine (äl-zât) une fois, dans l'Attribut Divin deux ou trois fois, dans Le Nom Divin une fois, qui authentifie l'Existence (äl-wujûd) par les trois Vérités Essentielles, le Nom par le Nom.
C'est une étape très difficile à atteindre, [au sens figuré : qu'on atteindrait que par le broiement du foie] . On ne l'obtient point contre l'argent ou les enfants.
Le gnostique est en éveil total dans Dieu. Parce qu'il accepte, sans contrainte aucune, le jugement par les règles divines et qu'il accepte de la même manière le déroulement des destins, il gagne le grade de s'adresser lui même la parole en ces termes: (89:29-30) « Entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. »
La maca°rifa (la gnose) est donc la dernière étape de la religion tandis que le tawba (le repentir) en est la première. Cependant, la tawba est meilleure que la maca°rifa du fait qu'elle en est la cause et le générateur [de la gnose]. Bien plus, la vraie tawba est le non repentir (cadamu äl-tawba), l'absence du repentir. Ceci ne peut s'atteindre que dans la maca°rifa.
A cet effet, notre maître, le Sceau, Cheikh Ahmad äl-Tijâni (RA), a dit:
« Par Dieu, en dehors de Qui point de Divinité, je n'ai pas atteint la station du repentir. » Ceci veut dire qu'il se repent de se voir se repentir car, le repentir pour soi est la preuve qu'on n'a encore atteint la station véridique du repentir.
Voici, en résumé, le commentaire des étapes de la religion. Si je devais les développer, je serais obligé d'en faire un ouvrage. En résumé, les trois étapes sont l'Islâm, l'Imân et le Ihsân.
L'Ïslâm est : Il n ' y a de Divinité qu'Allah
L'Ïmân est : « Sache en vérité, point de Dieu que Dieu Lui-même… »(47:18)
L'Ïhsân est : « Dis: Allah! » (6:91)
Et « Ces exemples-là, Nous les frappons pour les gens ; ne le comprennent que ceux savent. » (29:43)
En tout cela fait neuf étapes. Si tu médites sur ce qui précèdes, tu verras que ceci correspond aux haqâyïq (Réalités) et font penser aux hadarât (Enceintes). En fait c'est la même chose.
Car si tu accèdes à l'Enceinte scellée de Dieu (äl-hadaratu äl-äziliyya), tu réalises ton désir De Dieu, du Prophète de Dieu, et du Cheikh.
Car si tu accèdes à Réalité Muhammadienne (äl-haqîqatu äl-muhammadiyya), tu réalises ton désir de Dieu, du Prophète de Dieu, et du Cheikh.
Car si tu accèdes à Réalité Ahmadienne (äl-haqîqatu äl-ahmadiyya), tu réalises ton désir De Dieu, du Prophète de Dieu, et du Cheikh.
Les hadarât devinrent ainsi neuf. L'Ïslâm est l'Enceinte du Cheikh (hadaratu äl-chaykh), l'Ïmân est l'Enceinte du Prophète (PSL) (hadaratu äl-rasûl) et l'Ïhsân est l'Enceinte de Dieu (hadaratu Ällah).
« Et que le terme, en vérité, est vers ton Seigneur. » (53:42)
[Ensuite l'auteur reprécise les neuf degrés ci-dessus dans un chapitre que nous intitulons:]
 
2    LA REALITE DES NEUF DEGRES DE LA RELIGION


[Dans la liste ci dessus, la réalité de chaque station est donnée et un verset coranique qui la sous-tend.]
2.1.1    Le repentir (äl-tawba)
Sa Réalité est: Le repentir du repentir (äl- tawbatu cani äl-tawba).
« Le miséricordieux, en vérité, c'est Dieu.» (9:104)
2.1.2    La droiture (äl-ïstiqâma).
Sa réalité est: L subsistance dans l'Absolu (äl-baqà) après l'Extinction (ou mort mystique ou anéantissemen) (äl-fanà). « Dieu, en vérité, ordonne ce qu'il veut » (5:1)
2.1.3    La crainte révérencielle (äl-taqwa).
Sa réalité est: Ne jamais penser, en aucun moment, à un autre [que Dieu]. « C'est qu'en vérité Dieu est, Lui, la Vérité.» (22:62)
2.1.4    La véridicité (äl-çidqu).

Sa réalité est : L'unicité de la direction [de sa face] « Tout doit périr, sauf Son Visage.» (28:88)
2.1.5    La sincérité (äl-ïkhlâç)
Sa réalité est: Que tu ne considères point tes actes ni provenant de toi, ni ne t'appartenant pas ni ne t'étant destinés. « Le chemin de Dieu à Qui tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre - [en tant que tout en Lui (45-13)] -. N'est-ce pas vers Dieu que vont les commandements.» (42:53) « A Lui la royauté et à Lui la louange.» (64:1)
2.1.6    L'apaisement ou la tranquillité (äl-tumânîna).
Sa réalité est : Que tu ne souhaites ni la cessation de l'existant ni l'avènement de ce qui n'existe pas encore. « Dieu sait, oui, tandis que vous ne savez pas.» (16:64)
2.1.7    L'observation (äl-murâqaba).
Sa réalité est : L'attache permanente du cœur à Dieu. « Certes oui, ton Seigneur demeure aux aguets.» (89:14) « Tu ne te trouveras dans aucune situation, tu ne réciteras aucun passage du Coran, vous n'accomplirez aucun acte sans que Nous soyons témoin au moment où vous l'entreprendrez.» (10:61) «…et Nous savons ce que son âme lui suggère. Nous sommes cependant plus près de lui que sa veine jugulaire » (50:16) «…Pas de conversation secrète entre trois sans qu'Il ne soit leur quatrième, ni entre cinq sans qu'Il n'y ne soit leur sixième, ni moins ni plus que cela sans qu'Il ne soit avec eux, là où ils se trouvent. » (58:7)
2.1.8    La contemplation (äl-muchahada).
Sa réalité est : La vision réelle de la Vérité [Dieu]. « A Dieu l'Orient et l'Occident. Où que vous tourniez, donc, là est le visage de Dieu… » (2:115)
2.1.9    La Connaissance de Dieu - la gnose (äl-maca°rifa)
Sa réalité : Vivre la plénitude Divine (äl-kamâlu äl-zâtî) « Rien qui Lui soit semblable » (42:11).
Ici finit ce que j'ai reçu du wârid, de la provenance [de l'Enceinte scellée de Dieu ?]. Gloire à Dieu dans tous les cas. Salut et Prière sur le Prophète Muhammad (PSL), sur sa famille et sur ses compagnons.
 
 
                                                                   3    LES TROIS ADORATIONS

A la question : Que sont le cîbâda , le cabûdiyya et le cabûda, le Cheikh répondit:
Le cîbâda est l'adoration de l'esclave destine à Dieu.
[L'adorateur de ce niveau s'appelle mutacabbid, celui qui s'adonne à l'adoration]
Le cabûdiyya est l'adoration que l'esclave accompli par Dieu.
[L'adorateur de ce niveau s'appelle câbid, ce qui essaie de réaliser l'adoration]
Le cabûda est l'adoration que l'esclave accomplit dans Dieu.
[L'adoration de ce niveau s'appelle äl-cabd, le gnostique]
Ou encore
Le cîbâda est la pratique de la loi extérieure (charîca)
Le cabûdiyya est le cheminement dans la Voie (suluuku äl-tarîqa)
Le cabûda est la contemplation de la Réalité.
Ou encore
Le cîbâda est l'œuvre du voilé.
Le cabûdiyya est l'œuvre de l'aspirant.
Le cabûda est l'œuvre du gnostique.
Ou encore
Le cîbâda est l'acte des gens de droite. (açhâb äl-yamîn)
Le cabûdiyya est l'acte des rapprochés (äl-muqarrabîn).
Le cabûda est la station de ceux qui l'emportent (äl-sâbiqîn) (56:1-16).
Ou encore
Le cîbâda est l'œuvre de celui qui se manque à lui même.
Le cabûdiyya est l'œuvre du modéré.
Le cabûda est l'œuvre de celui: qui l'emporte au concours du bien. (35:32)
Ou encore
Le cîbâda est l'adoration du savant.
Le cabûdiyya est l'adoration du saint vertueux.
Le cabûda est l'adoration du gnostique.
Ou encore
Le cîbâda est la station de : C'est Toi que nous adorons (1:4)
Le cabûdiyya est la station de: C'est Toi dont nous implorons le secours (1:1)
Le cabûda est la station de l'effacement dans le témoignage de la réalité; la vérité se montre à elle même sans dhikr.
Ou encore
Le cîbâda est l'œuvre des membres extérieurs (jawârih)
Le cabûdiyya est l'œuvre du cœur (qalb)
Le cabûda est l'œuvre de l'esprit (rûh)
On peut aussi dire :
Le mutacabbid est un lauréat dont la récompense est le paradis
Le câbid est favorisé particulièrement par sa promiscuité de Dieu.
Le cabd reçoit un satisfecit, l'agrément, [âme satisfaite] et ses cadeaux sont le taçrîf [la disposition] et le khilâfa [l'Intendance de Dieu sur la créature].
Le gnostique, l'Imam äl-buçayrî, a dit, à propos de son maître Abu äl-cabbas äl-marsî :
Dis à celui qui essaie de se rapprocher de sa station
Que le mutacabbid n'est pas comme le cabd.
On peut aussi dire que
Le cîbâda est le droit de la ülûhiyya
Le cabûdiyya est le droit de la wahda
Le cabûda est le droit de la ähadiyya
Le prophète (PSL) fait référence à cette dernière station dans le hadith : « Ni Ma terre ni Mon ciel ne me peuvent me contenir; mais le cœur de mon esclave (cabdî) croyant peut me contenir.»
Quand la cabûda est sincère, la ähadiyya s'y manifeste et Elle devient elle et elle devient Elle. La khilâfa devient possible et le cabd devient l'Esclave de l'Essence (cbdu äl-zât) et la louange de l'Essence (hamdu äl-zât). Il devient « très prévaricateur, très ignorant » (33:72)
Retenons les rênes de la plume, par politesse avec l'Enceinte Scellée, … [de peur de dévoiler ce qui est réservé aux initiés!]
Quant la question sur le cilmu äl-yaqîn (science certaine ou science de la certitude) , le caynu äl-yaqîn (La vision certitude) et le haqqu äl-yaqîn (l'expérience vécue de la certitude), je dirais:
La science certaine (cilmu äl-yaqîn) est la foi de l'esclave voilé (mahjûb) que Dieu est unique dans Son Essence, dans Ses Attributs et dans Ses Actes.
La vision certaine (caynu äl-yaqîn) est la foi du serviteur qui est immergé dans la contemplation (muchâhada) que Dieu est unique, qu'il ne subsiste rien avec Lui, mais qui a encore le sentiment de son extinction.
L'expérience de la certitude (haqqu äl-yaqîn) est la perdition totale du serviteur (äl-cabd) dans l'Existence Absolue, de sorte qu'il ne lui reste aucune sensation, ni de lui-même ni de son anéantissement.
La science certaine (cilmu äl-yaqîn) est l'anéantissement du serviteur dans les Actes de Dieu.
La vision certaine (caynu äl-yaqîn) est l'anéantissement du serviteur dans les Attributs de Dieu, ou dans Son Essence mais avec le sentiment de son anéantissement.
L'expérience de la certitude (haqqu äl-yaqîn) est l'anéantissement dans son anéantissement.
La science certaine (cilmu äl-yaqîn) est la foi du serviteur ordinaire (äl-cawwâma) derrière les voiles.
La vision certaine (caynu äl-yaqîn) est la vision du serviteur de la réalité de l'unicité de Dieu avant son anéantissement total. Dieu dit à cet effet « Puis vous le verrez avec l'œil de la certitude » (102:7).
Dieu dit [aussi] : « alors, il sera installé dans une eau bouillante, et il brûlera dans la Fournaise. C'est cela la pleine certitude. » (56:93-95)
Dieu décrit la vision [de l'enfer] par le terme caynu äl-yaqîn et la combustion dans l'enfer par haqqu äl-yaqîn. Il s'en suit que le cilmu äl-yaqîn est la station des ordinaires, que le caynu äl-yaqîn est la station des particuliers et que le haqqu äl-yaqîn est la station des élus parmi les particuliers.
Tu pourras aussi simplement dire que le cilmu äl-yaqîn est la station de l'Ïslâm, que le caynu äl-yaqîn est la station de l'Ïmân, et que le haqqu äl-yaqîn est la station de l'Ïhsân « Quoi ! y a-t-il autre salaire à la bienfaisance [Ihsân], que la bienfaisance.»(55:60)
En résumé, quand le serviteur, s'anéantit dans les Actes Divins, c'est-à-dire, sait avec certitude qu'il n'y a d'autre Acteur en dehors de Dieu, il connaît de science certaine (cilmu äl-yaqîn).
Quand le serviteur, s'anéantit dans les Attributs Divins, c'est-à-dire, sait avec certitude qu'il n'y ni vivant ni aspirant ni entendant ni voyant ni parlant en dehors de Dieu, il accède à ce moment à vision de la certitude (caynu äl-yaqîn).
Enfin quand il sait que « Il n 'y a … », il a déjà accédé au haqqu äl-yaqîn
Dans le secret, il existe des secrets subtils et fins
Pour lesquels notre sang serait versé si nous les dévoilions
O que de secrets substantiels, si je les dévoilais
On me confondrait avec les adorateurs de faux-dieux
Des musulmans verraient juste l'écoulement de mon sang
Et verraient le plus ignoble de leur acte comme bon.
Je finis ici ma réponse condensée à cause du manque de temps et des nombreuses occupations. Seul Dieu sait!
 

 

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Date de dernière mise à jour : 02/02/2013

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